Portrait de Francis W. Joaque, photographe ouest-africain, avec son appareil stéréoscopique sur trépied, vers 1890

Histoire de la photographie — 3

Freetown, Fernando Po, Accra : la première génération de photographes ouest-africains

De Francis Joaque à Freetown aux Lutterodt d'Accra et aux frères Lisk-Carew, comment une génération de photographes africains a construit, dès les années 1860, ses propres studios et ses propres réseaux.

Pendant près de trente ans, les Africains avaient surtout été photographiés. Puis, presque sans bruit, certains commencent à passer de l'autre côté de l'objectif. En moins de quarante ans, Freetown, Accra et Fernando Po voient naître une génération de photographes qui ne se contente plus d'utiliser la photographie : elle en fait un métier, une entreprise et un héritage. À l'intérieur même des infrastructures commerciales et coloniales qui relient la côte ouest-africaine à l'Atlantique, ces hommes construisent malgré tout leurs propres studios, forment leurs apprentis et tissent, entre villes côtières, un réseau qui leur appartient enfin.

Réseau des studios photographiques ouest-africains, 1865–1905 Un réseau ouest-africain, à l'intérieur des routes atlantiques côte atlantique (schématique) Freetown Joaque (1865) · Johnston (1893) Lisk-Carew Bros. (1905) Accra Studio Lutterodt (années 1870–1940s) Fernando Po Joaque, mission Santisteban Libreville Cape Coast Banjul Lomé Lagos · Bonny Réseau Joaque Réseau Lutterodt Autres studios / relais commerciaux

Contrairement aux cartes des épisodes précédents, centrées sur les routes venues d'Europe, celle-ci suit les déplacements des photographes africains eux-mêmes, d'une ville côtière à l'autre — un réseau ouest-africain de studios, qui s'est développé à l'intérieur d'infrastructures commerciales et coloniales largement connectées à l'Atlantique. Infographie originale, BEWEGT CREATIVE STUDIO.

À la fin de l'épisode précédent, nous citions l'historien Jürg Schneider (Université de Bâle), qui situe l'émergence d'une photographie produite par des Africains — pour des clientèles souvent locales, mais aussi coloniales, commerciales et internationales — dans la seconde moitié du XIXe siècle. Schneider est plus précis encore lorsqu'il nomme les tout premiers de cette génération :

C'est par lui que commence cet épisode.

Qui était Francis W. Joaque ?

1865 – 1895

Francis Wilberforce Joaque naît vers 1845 à Freetown, de parents créoles (krios). Selon les biographies disponibles, son grand-père aurait été arraché à sa terre natale, dans la région du Popo (actuel Dahomey/Bénin), par des négriers espagnols.

Mis au travail comme marin sur un navire négrier, il aurait été libéré par l'escadre britannique de l'Afrique de l'Ouest lorsque le navire fut arraisonné. Installé à Freetown, il y aurait monté une maison de commissaires-priseurs, transmise ensuite à son fils Richard, le père de Francis.2Michael Graham-Stewart et Francis McWhannell, Broad Sunlight: Early West African Photography , MGS, avril 2020, p. 115. Cette généalogie familiale, telle que rapportée par les sources biographiques disponibles, situe Joaque dans l'histoire même de la colonie de Sierra Leone — fondée pour accueillir des Africains libérés.

Portrait de Francis W. Joaque, photographe, vers 1890
Francis W. Joaque photographié avec un appareil stéréoscopique sur trépied, vers 1890. Wikimedia Commons — domaine public.3« Francis W. Joaque, photographer in Fernando Pó, c. 1890 ». Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.

Joaque étudie à l'école de la Church Missionary Society à Freetown, puis passe deux ans dans la marine à bord du HMS Rattlesnake. Il devient ensuite commissaire de bord sur le Corra Linn, le vapeur du gouverneur britannique de Sierra Leone.7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848.

C'est entre 1865 et 1890 qu'il mène sa carrière de photographe, dans un va-et-vient permanent entre plusieurs colonies. Il ferme temporairement son studio de Freetown pour s'installer à Fernando Po — colonie espagnole depuis 1858, aujourd'hui l'île de Bioko, en Guinée équatoriale —, où le gouverneur espagnol Diego Santisteban le commissionne, dans les années 1870, pour réaliser une série de quatorze vues de Santa Isabel, la capitale de la colonie. Durant ces mêmes années, il travaille aussi à Libreville, au Gabon.4Jürg Schneider et Miquel Vilaró i Güell, « Fourteen Views of Fernando Po to Save the Colony », European Society for the History of Photography, 21 avril 2014, p. 27.7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848.

Joaque revient finalement s'installer à Freetown en 1890, où il rouvre son studio. Sa mort y est documentée au 1er novembre 1895 — d'autres notices biographiques, moins précises, la situent plus largement « vers 1895-1900 ».7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848. Ses photographies seront présentées dans des expositions coloniales à Libreville en 1887 puis, à titre posthume, à Paris en 1900 — signe d'une reconnaissance qui dépasse largement le cadre local.2Michael Graham-Stewart et Francis McWhannell, Broad Sunlight: Early West African Photography , MGS, avril 2020, p. 115.7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848.

Groupe d'hommes et de femmes africains, région de Batanga, vers 1870, photographie de Francis W. Joaque
Groupe d'hommes et de femmes, région de Batanga (actuel Cameroun/Gabon), vers 1870. Photographie de Francis W. Joaque. Wikimedia Commons — domaine public.6« Francis W. Joaque - Group of African men and women, Gabon, Batanga, ca. 1870 ». Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.

Une partie du travail de Joaque échappe cependant à son contrôle une fois réalisée. Plusieurs de ses portraits — dont des chefs de Calabar et de Brass, dans le delta du Niger — sont repris sous forme de gravures dans des magazines illustrés européens comme La Ilustración Española y Americana en Espagne ou Über Land und Meer en Allemagne, ainsi que dans des récits de voyage et des rapports missionnaires.7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848. Le photographe africain produit l'image ; c'est souvent l'éditeur européen qui en fixe le sens et le public.

Joaque n'était pourtant pas un cas isolé.

Pourquoi Accra devient-elle un centre photographique ?

Années 1870 – années 1940

Pendant que Joaque parcourt la côte entre Freetown, Fernando Po et Libreville, un autre studio voit le jour plus à l'est, sur la Gold Coast (actuel Ghana).

Dans les années 1870, George Lutterodt (vers 1850/55 – vers 1904) ouvre avec ses frères ce qui est considéré comme le premier studio photographique du pays, dans le quartier de Jamestown à Accra.8Giulia Paoletti, « Early Histories of Photography in West Africa (1860-1910) », Heilbrunn Timeline of Art History , The Metropolitan Museum of Art, mars 2017. metmuseum.org9Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org Une activité photographique de la famille est attestée à Accra dès cette décennie ; certaines notices situent plus précisément, en 1876, l'ouverture d'une entreprise associée à l'un des fils, Albert — la formulation retenue ici privilégie la décennie la plus large, mieux étayée par l'essai curatorial du Met.9Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org La famille Lutterodt, d'ascendance mêlée danoise et ga, remonte à Georg August Lutterodt, un fonctionnaire colonial danois installé à Accra au début du XIXe siècle et marié à une femme ga — une généalogie qui illustre, comme celle de Joaque, la complexité des identités dans les comptoirs côtiers de cette période.9Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org

Le roi Taki II d'Accra photographié avec ses serviteurs en 1891, studio Lutterodt
Le roi Taki II d'Accra (Ga Mantse) photographié avec plusieurs de ses serviteurs, 1891. Studio Lutterodt. Wikimedia Commons — domaine public.10« King Taki II, the king of Accra, with some of his servants, 1891 », studio Lutterodt & Son. Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.

Cette image mérite qu'on s'y arrête au-delà du simple constat qu'elle existe. Le roi Taki II y occupe le centre du cadre, assis, entouré de ses serviteurs debout — une composition qui reprend les codes du portrait d'autorité européen (posture frontale, mise en scène hiérarchique) tout en les mettant au service d'un pouvoir ga. Rien, dans les sources consultées, n'indique si c'est le roi, sa cour ou le studio Lutterodt qui a décidé de la disposition des personnages, des vêtements ou de l'arrière-plan : la photographie documente autant une négociation entre le sujet et le photographe qu'un simple enregistrement du réel. C'est une question qu'on peut poser à chacune des images de cet article : qui a choisi la pose, qui regarde l'objectif — et qui, au contraire, en est écarté ?

Le studio Lutterodt ne reste pas confiné à Accra : la famille fait tourner des studios itinérants le long de la côte, à Cape Coast, à Elmina, jusqu'à Freetown et le golfe du Bénin, et forme au passage de nouveaux photographes ouest-africains à mesure de ses déplacements — parmi eux, semble-t-il, le Togolais Alex Agbaglo Acolatse, qui ouvrira ensuite son propre studio à Lomé.9Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org

La dynastie Lutterodt perdurera à Accra jusque dans les années 1940 — soit près de soixante-dix ans d'activité continue, sur plusieurs générations.9Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org

Qui étaient les frères Lisk-Carew ?

1893 – 1959

C'est à Freetown, précisément, que cette première génération de photographes africains referme la boucle ouverte par Jules Itier en 1842.

En 1893, William Stephen Johnston y établit son propre studio, W. S. Johnston & Sons — l'un des tout premiers studios tenus en continu par un photographe local dans la ville.11Vera Viditz-Ward, « Photography in Sierra Leone, 1850-1918 », Africa , vol. 57, n° 4, 1987, p. 510-518. Douze ans plus tard, vers 1905 — certaines notices commerciales situant l'ouverture dès 1903 —, l'un de ses anciens apprentis, Alphonso Lisk-Carew, ouvre à son tour un studio avec son frère Arthur, sous l'enseigne « Lisk-Carew Brothers » — au 3 East Brook Lane, à l'angle des rues Westmoreland et Gloucester.12Julie Crooks, « Alphonso Lisk-Carew: Imaging Sierra Leone Through his Lens », African Arts , vol. 48, n° 3, 2015, p. 18-27 ; et Julie Crooks, « Reinforcing Sierra Leonean Identity: Alphonso Lisk-Carew », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 30 décembre 2015. metmuseum.org13« Lisk-Carew Brothers (fl. 1905-1959) », ArchiveSearch, Cambridge University Library, citant Allister Macmillan (dir.), The Red Book of West Africa , Frank Cass, 1920, p. 267.

Alphonso Lisk-Carew mènera une carrière qui s'étendra sur plus de cinquante ans, faisant de lui l'un des photographes les plus prolifiques et les mieux documentés de cette génération.12Julie Crooks, « Alphonso Lisk-Carew: Imaging Sierra Leone Through his Lens », African Arts , vol. 48, n° 3, 2015, p. 18-27 ; et Julie Crooks, « Reinforcing Sierra Leonean Identity: Alphonso Lisk-Carew », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 30 décembre 2015. metmuseum.org

Façade du studio photographique des frères Lisk-Carew à Freetown, Sierra Leone
Façade du studio Lisk-Carew Bros. à Freetown, Sierra Leone, vers 1938. Collections de l'université de Syracuse. Wikimedia Commons — domaine public.14« Studio of Lisk-Carew Bros., Freetown », vers 1938. Myrta and Emory Ross Collection of African Photographs, Syracuse University Libraries ; publiée dans Christraud M. Geary, Postcards from Africa: Photographers of the Colonial Era , MFA Publications, 2018. Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.

Les Lisk-Carew servent une clientèle à la fois créole et européenne : portraits formels en studio, mais aussi photographies d'événements officiels — ils seront désignés photographes attitrés de la visite du duc de Connaught en 1910 — et expéditions photographiques dans l'intérieur du pays et jusqu'à Banjul, en Gambie.12Julie Crooks, « Alphonso Lisk-Carew: Imaging Sierra Leone Through his Lens », African Arts , vol. 48, n° 3, 2015, p. 18-27 ; et Julie Crooks, « Reinforcing Sierra Leonean Identity: Alphonso Lisk-Carew », Perspectives , The Metropolitan Museum of Art, 30 décembre 2015. metmuseum.org13« Lisk-Carew Brothers (fl. 1905-1959) », ArchiveSearch, Cambridge University Library, citant Allister Macmillan (dir.), The Red Book of West Africa , Frank Cass, 1920, p. 267.

Une part croissante de leur production circule sous forme de cartes postales à partir des années 1900 — un format commercial qui touche un public bien plus large que le portrait de studio individuel, mais qui déplace aussi, une fois de plus, le contrôle de l'image entre les mains de l'éditeur et de l'acheteur.13« Lisk-Carew Brothers (fl. 1905-1959) », ArchiveSearch, Cambridge University Library, citant Allister Macmillan (dir.), The Red Book of West Africa , Frank Cass, 1920, p. 267.

Un réseau plus large encore

Années 1860 – 1905

Joaque, les Lutterodt et les Lisk-Carew ne sont pas des cas isolés. La même génération compte, entre autres, le Gambien John Parkes Decker (actif d'au moins 1867 à 1890, photographe itinérant de Dakar au Cameroun, commissionné par les autorités coloniales britanniques pour documenter les bâtiments de Freetown), Neils Walwin Holm (formé sur la Gold Coast, installé à Lagos en 1886, l'un des premiers à y utiliser les plaques sèches), et Jonathan Adagogo Green (né en 1873 à Bonny, dans le delta du Niger, formé en Sierra Leone puis au Royaume-Uni, actif de 1891 jusqu'à sa mort en 1905).15Erin Haney, Photography and Africa , Reaktion Books, 2010, p. 3-34.16Jürg Schneider, « The Topography of the Early History of African Photography », History of Photography , vol. 34, n° 2, 2010, p. 134-146. (déjà cité épisode 2)

Ensemble, ces photographes tissent, entre les années 1860 et 1900, un maillage de studios qui couvre presque toute la côte ouest-africaine.

Repères chronologiques, 1865–1905 1865 Joaque ouvre son studio à Freetown 1870s Joaque à Fernando Po et au Gabon 1870s George Lutterodt & ses frères ouvrent à Accra 1887 Joaque exposé à Libreville 1890 Joaque revient s'installer à Freetown 1891 Lutterodt photographie le roi Taki II 1893 W. S. Johnston & Sons ouvre à Freetown 1895 Mort de Joaque, à Freetown 1905 Frères Lisk-Carew ouvrent à Freetown même ville qu'Itier, 1842

De l'ouverture du premier studio de Joaque à Freetown à celle des frères Lisk-Carew dans la même ville, quarante ans plus tard. Infographie originale, BEWEGT CREATIVE STUDIO.

Une photographie déjà africaine ?

Bilan d'étape, 1865-1905

Reprenons la question laissée ouverte à la fin de l'épisode précédent : à partir de quand peut-on parler d'une photographie véritablement africaine ?

Sur un critère au moins, la réponse est ici sans ambiguïté : Joaque, les Lutterodt, les Lisk-Carew et leurs contemporains sont nés en Afrique de l'Ouest, y ont grandi, y ont appris et exercé leur métier, et y ont souvent transmis leur savoir-faire à d'autres Africains — une rupture nette avec Itier, fonctionnaire de passage, ou même avec Washington, formé et acculturé aux États-Unis avant son installation au Liberia.

Mais ce seul critère de naissance ne suffit pas à clore le débat. Le vrai paradoxe de cette période tient plutôt à ceci : les photographes africains contrôlent de plus en plus la production de leurs images, mais ils travaillent encore dans des systèmes politiques, économiques et éditoriaux qui limitent le contrôle de leur circulation. Une même image peut ainsi être africaine par son auteur, locale par une partie de sa clientèle, coloniale par le contexte de sa commande, et européenne par son mode de publication — les quatre à la fois, et sans contradiction.

L'historienne Giulia Paoletti invite d'ailleurs à ne pas s'arrêter au seul critère de naissance. Le cas le mieux documenté de ce paradoxe est celui de Joaque : une partie de son travail est reprise, sans son contrôle, sous forme de gravures dans des magazines illustrés et des rapports missionnaires européens.7Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology , vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848. Les Lisk-Carew connaissent une dynamique comparable à partir des années 1900, lorsqu'une part croissante de leur production circule sous forme de cartes postales commerciales — des objets dont les légendes, les éditeurs et les circuits de vente pouvaient transformer le sens, bien au-delà de la réussite commerciale du studio qu'ils attestent.13« Lisk-Carew Brothers (fl. 1905-1959) », ArchiveSearch, Cambridge University Library, citant Allister Macmillan (dir.), The Red Book of West Africa , Frank Cass, 1920, p. 267. Pour les Lutterodt, en revanche, les sources consultées documentent surtout une clientèle et une diffusion locales ; rien n'indique, à ce stade, une reprise comparable par des éditeurs européens. La photographie par des Africains ne se confond donc pas automatiquement, dans cette période, avec une photographie pensée pour des publics africains, ni avec une photographie contrôlée de bout en bout par des Africains — mais ce constat vaut à des degrés très différents selon les studios.

Lorsque le XXe siècle s'ouvre, les appareils sont désormais entre des mains africaines. Les studios aussi. Ce qui échappe encore aux photographes, c'est souvent le destin de leurs images une fois sorties du studio. Ce seront désormais les cartes postales, les éditeurs et le commerce mondial de l'image qui décideront, de plus en plus, de leur circulation. C'est cette histoire que racontera le prochain épisode.

Note méthodologique — texte : seize sources documentent cet article, toutes académiques, curatoriales ou archivistiques (Indiana University Press, MGS, European Society for the History of Photography, John Wiley & Sons, Visual Anthropology, The Metropolitan Museum of Art, la revue Africa, African Arts, Cambridge University Library, Reaktion Books, History of Photography) — à l'exclusion de toute encyclopédie collaborative comme source de fait. Trois références (Schneider 2014 dans Visual Anthropology, Viditz-Ward 1987 dans Africa, le registre d'archives de Cambridge University Library) n'ont pu être consultées intégralement depuis cet environnement de rédaction : leurs citations bibliographiques sont vérifiées, mais certains détails précis proviennent de résumés savants secondaires plutôt que d'une lecture directe du texte source. Images : quatre photographies d'archive en domaine public, chacune vérifiée individuellement sur sa page Wikimedia Commons — dont la façade du studio Lisk-Carew, dont le fichier exact a été confirmé en remontant jusqu'aux collections de l'université de Syracuse. Les deux infographies (réseau des studios, chronologie) sont des illustrations originales réalisées pour cet article.

Portrait de Francis W. Joaque, photographe, vers 1890
01. Francis W. Joaque, vers 1890
Groupe d'hommes et de femmes africains, région de Batanga, vers 1870, photographie de Francis W. Joaque
02. Travail de Joaque, Batanga, v. 1870
Le roi Taki II d'Accra photographié avec ses serviteurs en 1891, studio Lutterodt
03. Le roi Taki II d'Accra, studio Lutterodt, 1891
Façade du studio photographique des frères Lisk-Carew à Freetown, Sierra Leone
04. Studio Lisk-Carew, Freetown, v. 1938

Sources

  1. Jürg Schneider, Portraiture and Photography in Africa, Indiana University Press, 2013, p. 49.
  2. Michael Graham-Stewart et Francis McWhannell, Broad Sunlight: Early West African Photography, MGS, avril 2020, p. 115.
  3. « Francis W. Joaque, photographer in Fernando Pó, c. 1890 ». Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.
  4. Jürg Schneider et Miquel Vilaró i Güell, « Fourteen Views of Fernando Po to Save the Colony », European Society for the History of Photography, 21 avril 2014, p. 27.
  5. Christraud M. Geary, « Roots and Routes of African Photographic Practices », in A Companion to Modern African Art, John Wiley & Sons, 2013, p. 80.
  6. « Francis W. Joaque - Group of African men and women, Gabon, Batanga, ca. 1870 ». Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.
  7. Jürg Schneider, « Demand and Supply: Francis W. Joaque, an Early African Photographer in an Emerging Market », Visual Anthropology, vol. 27, n° 4, 2014, p. 316-338. DOI : 10.1080/08949468.2014.914848.
  8. Giulia Paoletti, « Early Histories of Photography in West Africa (1860-1910) », Heilbrunn Timeline of Art History, The Metropolitan Museum of Art, mars 2017. metmuseum.org
  9. Erin Haney, « Photographing the Gold Coast: The Lutterodt Studios », Perspectives, The Metropolitan Museum of Art, 7 décembre 2015. metmuseum.org
  10. « King Taki II, the king of Accra, with some of his servants, 1891 », studio Lutterodt & Son. Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.
  11. Vera Viditz-Ward, « Photography in Sierra Leone, 1850-1918 », Africa, vol. 57, n° 4, 1987, p. 510-518.
  12. Julie Crooks, « Alphonso Lisk-Carew: Imaging Sierra Leone Through his Lens », African Arts, vol. 48, n° 3, 2015, p. 18-27 ; et Julie Crooks, « Reinforcing Sierra Leonean Identity: Alphonso Lisk-Carew », Perspectives, The Metropolitan Museum of Art, 30 décembre 2015. metmuseum.org
  13. « Lisk-Carew Brothers (fl. 1905-1959) », ArchiveSearch, Cambridge University Library, citant Allister Macmillan (dir.), The Red Book of West Africa, Frank Cass, 1920, p. 267.
  14. « Studio of Lisk-Carew Bros., Freetown », vers 1938. Myrta and Emory Ross Collection of African Photographs, Syracuse University Libraries ; publiée dans Christraud M. Geary, Postcards from Africa: Photographers of the Colonial Era, MFA Publications, 2018. Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org — domaine public.
  15. Erin Haney, Photography and Africa, Reaktion Books, 2010, p. 3-34.
  16. Jürg Schneider, « The Topography of the Early History of African Photography », History of Photography, vol. 34, n° 2, 2010, p. 134-146. (déjà cité épisode 2)

Pour aller plus loin

  • Jürg Schneider et Erin Haney (dir.), Early Photographies in West Africa, Taylor & Francis, 2014.
  • Erin Haney, Photography and Africa, Reaktion Books, 2010, p. 3-34.
  • Michael Graham-Stewart et Francis McWhannell, Broad Sunlight: Early West African Photography, MGS, 2020.
  • Christraud M. Geary et Virginia-Lee Webb (dir.), Delivering Views: Distant Cultures in Early Postcards, Smithsonian Institution Press, 1998.
  • Giulia Paoletti, Portrait and Place: Photography in Senegal, 1840-1960, Princeton University Press, 2024.

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